Mèt Minui au cinéma

«Eux ils ont Halloween, l’incroyable tradition plutôt superstitieuse. Ils le vendent et en font une source d’enrichissement.  La culture ne peut se résumer à la simple jouissance populaire. Il faut nous aussi en faire une industrie et gagner plein d’argents avec», tels sont les propos de la chanteuse haïtienne de renommée mondiale Carole Demesmin Maroulé au moment de prendre part cette année aux festivités du Rara à Léogâne, sa ville natale.

Ces paroles nous poussent à nous demander comment ils ont vendu ce fameux Halloween et pousser même les migrants qui arrivent chez eux à vider les magasins pour se trouver un costume quand cette date se pointe. Simple. Si Halloween est aujourd’hui la deuxième fête économiquement la plus rentable après Noël aux Etats-Unis, le cinéma en est pour beaucoup. On voit d’abord un film américain avant d’émigrer dans leur bain culturel.

Et nous, qu’est-ce que nous avons? Notre imaginaire collectif, notre cadre de référence, se résument-t-ils au “Djèg” chez qui on emmène le président atteint du VIH-SIDA (Oui, le président a le SIDA pour ceux qui attendaient la réponse), à la zombification ? Non, nous avons autre chose, de mieux même.

Pourquoi ne pas commencer par notre gastronomie? Prioriser les plats haïtiens dans les films (haïtiens) serait un bon début. Tiens, notre fameuse soupe de giraumon du 1er janvier, un symbole de la libération de nos ancêtres. Supposons un instant que nos films incitent les haïtiens d’ici et du monde entier à placer au menu du jour de l’an la soupe de giraumon. Et si ces derniers séduisaient à leur tour l’étranger de leurs pays hôtes respectifs ? Imaginez l’impact sur l’économie locale si nos agriculteurs produisent ce légume pour la consommation domestique, mieux encore, pour l’importation.

A part cela, en ce qui à trait aux fêtes populaires, mieux vendu par notre cinéma, le «Gede» entre autres peut aspirer à devenir économiquement rentable. D’ailleurs, ça sonne plus vrai. C’est mieux que des costumes. Un produit vedette comme la dinde de Thanksgiving? Disons le piment, les plats pimentés, pourquoi pas? Nous pourrions aussi parler du « habiller haïtien ». Les films et les vidéoclips sont très coupables si nous sommes à ce point acculturés du point de vue vestimentaire. Il faut inverser la tendance et amener le monde à imiter une mode haïtienne, rêvons grand.

Les exemples sont nombreux. Mais, nous terminons avec la question des personnages fictifs. Sur ce point, la créativité fait vraiment défaut à l’industrie cinématographique haïtienne (si elle existe). Quel est notre super héros à nous? Quel personnage de fiction, vraiment haïtien, fait fureur au cinéma?  Disons que c’est très difficile d’en trouver. Pourtant, nos croyances offrent maintes possibilités. Citons-en une : Mèt minui. Oui, ce géant, dont la tête touche le ciel, qui, dès minuit, se tient au milieu de la rue. Si on est gentil, il nous laisse passer. Sinon, on y laisse la peau. Quels films d’horreur ferait ce personnage !!! En tout cas, c’est ce qu’on m’a raconté de lui avant de me donner un coup de pied. “M vin tonbe la pou m ba nou ti manti sa”.

Diery MARCELIN

dierymarcelin@yahoo.fr

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