Dans un pays où la production locale est presque inexistante comme à Haïti, le cinéma engagé et militant se doit de croître en importance. En effet, rappelons que les premiers films proposés dans les années 1960 n’étaient rien d’autre que des productions françaises ou italiennes jusqu’à disparaître quasi-totalement sous le régime Duvalier et seuls quelques films de pur spectacle et divertissement étaient autorisés dans les salles, tels que les westerns américains ou encore les films d’arts martiaux asiatiques.

Si, au fur et à mesure, le grand écran a fini par accueillir des films et documentaires haïtiens, il ne faut pas oublier que l’effort passe souvent au second plan si l’on considère que la télévision locale relaye des images de la société occidentale et de ses idéaux, qui sont souvent en désaccord avec les mœurs et les habitudes locales. Cette même société occidentale et les messages d’uniformité et/ou de conformité qu’elle véhicule est d’ailleurs critiquée par les occidentaux de façon virulente donc la diffusion de ses plus populaires productions cinématographiques et télévisées pourrait être facilement assimilée à de la propagande douce, faite pour endormir le spectateur.

Charlie Chaplin dans le film Le Dictateur

En occident, un exemple historique de la contestation de la société à travers le cinéma est Charlie Chaplin. Ce combat remonte au siècle dernier mais dans les pays en voie de développement, il s’agit d’un thème et d’un moyen de contestation encore nouveau. A Haïti, le groupe Loisirs S.A., ex-Maxence Elisée, qui domine dans le secteur de la distribution de films n’a débarqué que dans les années 80 et comme tout acteur économique, il ne réagira avec de l’offre que lorsque la demande sera plus forte.

Demandons-nous alors : voulons-nous davantage de contestation ? Est-ce que nous voulons davantage de sensibilisation ? Notre identité, nos problèmes sociaux et politiques, sont-ils quelque chose dont nous voulons absolument parler ? Après tout, le cinéma n’est-il pas qu’un simple divertissement ? Avec tous nos problèmes quotidiens, voulons-nous réellement en voir d’autres à l’écran ?

Oui. Le changement social a lieu au sein des peuples. Les grandes révolutions de l’histoire n’ont jamais eu lieu selon une initiative d’Etat. Au contraire, l’Etat conscient de la manière dont il bride son propre pays tend à interdire les moyens de contestations tels que le cinéma. Ce n’est pas un hasard si, des cinéastes haïtiens comme Arnold Antonin ou Raoul Peck ont été de véritables révélations seulement durant la diaspora et ont pu réaliser leurs documentaires à l’étranger pour dénoncer le système dictatorial.

La première critique qui nous viendrait spontanément serait de dire que les problèmes locaux ne se résument pas au cinéma, que les soucis économiques ne permettent de « simplement » tendre la main aux producteurs locaux et aux salles en les finançant. Certes, ce n’est pas au particulier de financer de manière directe, abondante et immédiate un tel marché. Toutefois, de nombreux documentaires engagés sont disponibles et valent la peine d’être considérés, d’être vus et surtout d’être commentés afin de pousser le gouvernement à offrir des ressources viables pour ses cinéastes.