Les films à l’affiche se présentent toujours comme une alternative à la vie réelle, au quotidien répétitif et leurs esthétismes. De fait, le cinéma, surtout celui d’origine occidentale, tend à vouloir nous en mettre toujours « plein les yeux » et se présente comme un magicien : des personnages esthétiquement parfaits au premier plan et des effets spéciaux dans le chapeau. Qu’en est-il des films qui reproduisaient à l’écran ce que nous vivions chaque jour ou ce que d’autres ont effectivement vécu ? Où sont finis les combats sociaux des Intouchable sous l’héritage égalitaire de La Couleur des Sentiments ? Qu’est-il arrivé à ceux qui comme Jean-Baptiste et Magdaleine de Haïti Chérie ont fui l’injustice ou à ceux qui l’ont dénoncée dans Je ne suis pas votre nègre ?

S’il est vrai que les films d’auteur sont moins mis en avant, comme pour nous faire croire que le monde a désormais changé, cela ne veut pas dire que leurs messages ne sont pas réutilisés. Au contraire, l’on se doit de remarquer que le cinéma nous propose continuellement des réflexions sur notre humanité, sur notre rôle et sur l’influence que la société a sur nous, même si au départ, le film se présentait comme du pur divertissement et une représentation d’un futur qui n’existe toujours pas.

Il existe en effet un compromis implicite entre le cinéma et les spectateurs, qui est celui de laisser à ces derniers trouver le sens plus ou moins caché de ce qui leur est proposé. Nous pouvons le trouver même dans des films tels que le dernier X-Men: Dark Phoenix, qui a reçu une avalanche d’avis négatifs comparé aux films de la même franchise qui l’ont précédé mais où l’on trouve un personnage principal victime de son potentiel.

Toutefois, ce n’est pas le « quoi » qui peut poser problème dans le 7ème art mais le « comment ». Après tout, avons-nous besoin d’effets spéciaux et d’un univers imaginaire pour apprécier un film esthétiquement parlant ? La culture représentée dans un film est souvent très riche et les paysages où l’œuvre est réalisée le sont d’autant plus. C’est le cas, par exemple, dans Souvenirs d’Afrique mais même là où l’on nous renvoie à des réalités plus injustes, nous pouvons nous émerveiller du génie et de la générosité qui en émerge, comme dans Le Violoniste, où l’on suit un jeune homme qui quitte Haïti pour réaliser son rêve d’enfant en République Dominicaine, où malgré les tendances xénophobes des habitants le protagoniste reçoit l’aide qu’il mérite. Le cinéma n’existe pas simplement pour nous jouer des tours et nous laisser bouche bée via la post-production. Il est là pour refléter nos habitudes, nos pensées, celles de nos amis et ennemis, nos valeurs, nos origines. Il consacre des croyances mais aussi des idées fausses, le tout pour nous stimuler non seulement nos intérêts mais aussi notre tendance humaine et prépondérante à vouloir changer le monde qui nous entoure.