Au cours de l’année 1895, le cinéma a vu le jour grâce aux inventions des frères Lumière et d’autres amis. Il s’est vite développé au point de devenir une industrie à  portée universelle, porteuse de bénéfices enviables grâce aux connaissances et au plaisir qu’il apporte à l’homme toujours en quête intéressée de ses deux apports. Ainsi cette industrie s’est développée rapidement. Elle  a gagné le monde voire Haïti dont l’un des premiers films des inventaires de ce domaine. Le 14 décembre 1899, Joseph Filippi, représentant du cinéma Lumière, fit sa première projection publique au Petit Séminaire lors de sa visite sur l’île. Le lendemain, il a filmé un incendie à Port-au-Prince.

Depuis la folie s’était emparée d’Haïti, déjà le Parisiana, la première salle de cinéma du pays s’était établie à Port-au-Prince en 1914 et en 1933, le cinéma Eden ouvre à Cap-Haïtien. La Paramount de Port-au-Prince ouvre ses portes l’année suivante et le théâtre Rex en 1935. La passion se développait tellement  qu’au cours des années  1970 l’on recensait plus d’une  trentaine  de salles de cinéma d’importance à travers tout le pays  soit  de Port-au-Prince à Jérémie en passant par les  Cayes avec un coup d’œil vers Miragoane;  du Cap vers les Gonaïves en suivant  des dérivations vers Saint-Marc jusque vers Port de Paix en reniflant le parfum de la bonne humeur  de la Grande Rivière du Nord ou de la soif de détente de Fort Liberté. Carrefour, à elle seule, comptait trois salles : ciné Cric Crac, ciné Cristal et le Coliseum ;  à Martissant, le Sénégal ; au Portail Léogane, ciné Olympia ; à Cité Soleil, le ciné Concorde ; au cœur du Champ de Mars, les salles d’élites pullulaient parmi lesquelles la mythique Rex Théâtre, la luxueuse Triomphe aux trois salles sophistiquées et la galante Capitole  avec quatre  salles de projection.

On ne peut oublier la jouissive Paramount où performaient en avant-goût le groupe musical Super 9 le samedi soir et des danseurs de l’époque sous la conduite d’un certain Jean Robert et d’un blagueur appelé Mazora  avant la projection du film;  le Palace Ciné. A la rue du Centre  l’aristocratique Magic Ciné  chaque jeudi  diffusait le film de terreur politique «  Cruautés Impitoyables Autorisées’’ sous le Censorat vigilant  des propriétaires.  Les enfants adorèrent le Ciné  Ludo à la Grand-Rue ou l’Eldorado de la Place Jérémie ou passèrent des films de karaté ou de cow-boy; Auditorium du Centre Culturel, à l’Impasse Lavaud ; Ciné Parc, qui offrait « l’Extraordinaire Pelé, Roi du Foot ball ».

D’autres salles desservaient les demandeurs : Au Marché Salomon le Montparnasse, le ciné Union à la rue Pavée, ciné Belair au Belair ; Airport Ciné au portail Saint Joseph ; puis à Delmas:    l’Impériale, Drive in Cine ; de Luxe Auto Ciné; à Pétion Ville, on comptait : Etoile ciné et  Cabanon ciné.

Tous les sensationnels  films qui passèrent  sur les écrans des grandes métropoles circulèrent dans le pays et provoquèrent, à la sortie et au cours de rencontres, des discussions très enrichissantes entre les cinéphiles. Malheureusement de nos jours aucune de ces salles ne sont en fonctionnement. Le cinéma sur grand écran et sur grande échelle est effacé  des mœurs haïtiennes et de l’agenda des cultivés et des passionnés de  détente réservée. Tous sont obligés de se replier ou de s’accrocher au petit écran de leur TV ou de tout autre gadget personnel qui offre l’opportunité mesurée de vivre un film. Le feeling du film « grandeur nature » au cinéma, sur « grand écran » est complètement disparu en  Haïti. Il  est inconnu de toute une génération alors que  le cinéma jouissant des progrès de la technologie présente  actuellement les films en 3D. Pour protéger l’industrie en proie au piratage  on a eu recours à cette  option qui  existe déjà dans les années 1950.

Le 3D, un phénomène up to date qui n’acquiert pas l’adhésion de tous en dépit d’une certaine euphorie pour la perception qu’il vous donne d’être acteur ou figurant en plein dans le déroulement du film. Avec le port des lunettes appropriées et le coût de réalisation,  l’entrée devient alors inaccessible aux petites bourses. Par ailleurs on l’accuse de provoquer des maux de tête et de la nausée. Le 3D pose des problèmes cependant le cinéma  poursuit son  plein essor dans toutes les grandes villes du monde et participe aux projets de distractions prisées des gens de bien. Comment se fait-il qu’il soit éradiqué en Haïti ?

Cependant dans cette ambiance de distraction saine, tranquille et confidentielle où  le crunch du pop corn et le frou-frou des enveloppes de bonbon aux différentes saveurs, bercés par le mélange des  senteurs de parfum supporté par le rire qui éjecte de  l’haleine soufflée à l’arôme du chewing gomme, les ébats amoureux étaient tenus à l’insu du voisin capté par  la profonde attention sur la projection. Le devoir du débat sur la compréhension, la portée : historique, artistique, politique, romanesque, sentimentale sociale ou intellectuelle du film réclame l’assiduité, il faut être attentif et observateur. Une véritable école de luxe à peu de frais.  Malheureusement les salles sont fermées en Haïti pour des raisons connues. Une catégorie de business assez rentable enlevée des distractions instructives et bienséantes des habitudes haïtiennes en quête de loisir,  de grand et de confort. Heureusement aussi dans cette misère de tendance aux belles et bonnes choses, quelques salles en Haïti sont depuis dénombrées : Ciné Pigaille à Jacmel,  Rev Ciné à Pétion-Ville, Versailles au Cap-Haïtien et  Colombes Ciné à Saint-Marc.

Toi, tu as connu d’autres salles de cinéma en Haïti? Si oui… Partages avec nous.

 

Ecrit par Kenel Régis

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